"Calacas" par la troupe Zingaro

 

Découvrez l'équipe de la Compagnie La Danse des Mots à travers la pièce de théâtre/spectacle

présenté par chacun.

 

"Calacas" de la troupe Zingaro

par Katia Paroux

 

Il y a trois ans, en plein hiver, j’allais pour la première fois au Fort d’Aubervilliers, lieu de résidence de la troupe Zingaro dirigée par Bartabas. Il s’agit de théâtre équestre, mais derrière cette catégorie on ne peut deviner l’ampleur de ce qui nous est donné à voir. Le spectacle s’appelle Calacas (ce qui signifie « squelette » en argot mexicain), c’est une danse macabre qui est un éloge à la vie, au mouvement. C'est un voyage exceptionnel, le temps est suspendu et seuls existent l'Art, la communion entre les artistes et les chevaux, le tout sur une musique envoûtante.

Lorsque nous arrivons dans cette banlieue nord de Paris, on est loin d’imaginer qu’il existe un tel havre de création -un monde à part- à quelques minutes du métro. En pénétrant à l’intérieur de la structure, nous apercevons des caravanes, des sculptures en bois de chevaux, et un énorme chapiteau en bois dans lequel nous sommes invités à entrer. Là, tout un univers se déploie sous nos yeux : des costumes de scène, des décors suspendus, des instruments de musique, des photographies et des vidéos de spectacles nous laissent percevoir que nous sommes dans un lieu magique, dans la maison de l’art et de l’amitié entre l’homme et le cheval.

 

 

Après s’être rassasié d’un délicieux chili con carne, le spectateur ébloui par ce nouvel univers est invité à sortir du chapiteau pour aller retrouver l’endroit où se déroulera le spectacle. Dans la pénombre il avance et surplombe les écuries –coulisses de nos amis les chevaux- pour ensuite pénétrer dans l’amphithéâtre qui se compose d’une piste centrale, de gradins tout à l’entour, et d’une deuxième piste circulaire qui passe derrière les gradins et fait le tour de la salle. Deux espaces de jeu donc : la piste centrale et la coursive qui surplombe la salle. Un parfum d’encens nous accueille et habille l’espace, nous plongeant dans l’atmosphère. 

 

Nous prenons place sur les gradins, nous sommes à un mètre de la piste. Un homme habillé en baron, un perroquet sur l’épaule, s’avance au centre et nous rappelle qu’« il est interdit de cloper, de fricoter et de picoler durant le spectacle » ! La soirée peut commencer.

 

Nous ne pouvons ici faire la liste de tous les tableaux vivants qui se succèdent devant nos yeux, mais la description et le récit de quelques uns d’entre eux permettront, je l’espère, de vous transmettre les émotions que j’ai vécues ce soir-là.

 

Des dindons sont au centre de la piste, parmi eux des squelettes qui se mettent doucement en mouvement. Un cheval noir, suivi d’un homme sans visage tout vêtu de feutre noir, entre en scène et fait le tour de cette place mêlant la vie et la mort. Il en est l’intermédiaire, le passeur et le témoin. Sur sa croupe se trouve le squelette d’un vautour qui s’animera au rythme des mouvements du cheval : qu’il trotte sur place ou qu’il se cabre, ce sont les percussions mexicaines qui l’accompagnent. Pour clôturer ce tableau, deux musiciens (les chinchineros) font sortir les dindons de scène au son de leurs tambours et cymbales. Le rythme est endiablé et c’est magnifique.

 

Un squelette est au centre. Une musique joyeuse va faire naître en lui le mouvement et la danse. Pendant ce solo frétillant qui occupe la piste centrale, des chevaux montés par leurs cavaliers-squelettes se lancent dans un jeu de course poursuite sur la piste circulaire. Ces mêmes cavaliers virevolteront ensuite de part et d’autre de la piste, accomplissant des acrobaties aux côtés d’un très grand cheval noir qui fait des tours de piste au trot. Le cheval est imposant et passe tout près des spectateurs, les premiers rangs reçoivent même un peu de sable qu’il a foulé. Cette présence si près de nous est impressionnante et le tableau nous laisse bouche bée et les yeux écarquillés !

 

Dans ce très beau spectacle visuel et sonore, les musiciens ont également une grande place car leurs duos sont plein d’humour et ils réussissent à capter l’attention et à divertir le public par leurs numéros musicaux composés de jeux de miroir et de petites provocations. Les duos deviennent alors des duels inoffensifs et le public s’en régale. 

 

Si l’on peut parler de danse macabre, le spectateur se retrouve bel et bien face à des tableaux vivants qui le plongent dans la réalité mexicaine, là où la fête des morts se déroule pendant deux jours (les 1er et 2 novembre). Lors de ce Día de los Muertos, les Mexicains –à l’instar de leurs ancêtres Aztèques- se retrouvent en famille et font une visite rituelle aux morts. Ces journées sont très festives, « avec des offrandes de bonbons, de têtes de mort en sucre ou de tequila. Les Mexicains vont dans les cimetières, mangent sur les tombes, dansent, chantent. Ils confectionnent des autels dans leurs maisons et mettent des bougies dans leurs habitations ! ». Source internet : http://www.mexique-fr.com/art-culture/la-fete-des-morts-dia-de-los-muertos/

 

Pas de place pour la tristesse ni l’apitoiement dans le spectacle. Tous les tableaux sont caractéristiques de cette fête et participent gaiement à rendre compte d’une autre conception de la mort. Chaque personnage squelette est interprété par un écuyer qui est aussi comédien et danseur. Nous n’en voyons jamais les visages, seuls les chevaux se dévoilent et sont réellement ancrés dans les deux mondes qui se côtoient, la vie et la mort. Le cheval permet le passage de l’un à l’autre, comme dans cette séquence où une femme squelette vêtue en mariée est à cheval et précède son cortège festif : les squelettes, portés par des silhouettes qui tournent sur elles-mêmes, virevoltent dans les airs. Le cheval est le premier témoin de cette célébration, c’est comme s’il nous ouvrait le chemin et nous permettait d’assister à cette joyeuse fête des morts.

 

Nous avons vu également une cavalière voltigeuse accompagnée d’un squelette rose chevaucher ensemble la piste à vive allure. Ils forment un couple d’amoureux et c’est encore une fois le cheval qui permet cette rencontre entre une femme masquée et son squelette séducteur.

 

Un autre tableau m’a beaucoup touchée : celui d’un homme qui porte un costume orange et un chapeau. Seul sur la piste, dans la pénombre, il effectue des pas de moonwalk, les mouvements sont fluides et glissants. Au bout d’un moment il se contorsionne, tremble, son corps commence à s’évaporer, les vêtements tombent, d’abord le pantalon, puis la veste. Il est en train de devenir squelette sous nos yeux. C’est désormais une danse désarticulée que le mort exécute, puis petit à petit il va prendre confiance en lui, apprivoiser ce nouveau non-corps et être à l’aise dans l’espace qu’il occupe. L’élasticité de son corps en mouvement est remarquable, le squelette exprime la danse de l’âme. Ce tableau est d’une grande beauté.

 

D’autres choses encore sont très belles, comme le passage éclair d’un magnifique cheval blanc fougueux sur la coursive qui passe derrière le public. Une musique de fanfare accompagne cette apparition. C’est à se demander s’il ne s’agit pas d’un rêve !

 

Nous sommes en plein Mexique et tout nous fait sourire, comme le shérif empoté (squelette bien sûr) avec son lasso et sa bedaine qui fait son numéro sur le dos de son cheval. De bonne humeur, il se donne en spectacle et attendrit le public.

 

Je souhaiterais terminer cet aperçu en évoquant les nombreuses calèches qui se suivent sur la piste qui surplombe le public. Ces calèches donnent une autre valeur au cortège funèbre tel qu’on le connaît en Europe et offrent une vision ironique de la mort. Chaque cheval précède une calèche remplie de squelettes qui témoignent joyeusement de la vie mexicaine : les grands buveurs de tequila, la vente de tacos, des animaux en partance pour un cirque ou un zoo, il y a même le cortège funèbre qui est pris en dérision avec les pleureuses autour du corbillard.

 

Lorsque le spectacle se termine, un feu de joie nous attend à la sortie et nous nous rassemblons gaiement tout autour. La communion entre les spectateurs continue, ils sont émus par ce voyage et cette fête parmi les morts et étourdis par le retour à la vie !

 

 

J’en profite également pour vous signaler son nouveau spectacle : On achève bien les anges, au Fort d’Aubervilliers dès le 23 octobre, la semaine prochaine ! Galopez-y et n’hésitez pas à me faire part de vos réactions !

 

Lien du spectacle : http://www.bartabas.fr/fr/actualites-51/ON-ACHEVE-BIEN-LES-ANGES-elegies

 

 

Bartabas est un artiste que j’admire et je vous invite à cliquer sur les liens suivants pour mettre quelques images à mes mots, pour ressentir l’atmosphère magique et poétique de ce soir-là.

Le spectacle entier est disponible en dvd.  

 

Katia Paroux Gherardi

 

Bartabas, spectacle Calacas 2013: bande annonce

Extrait du spectacle

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